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07 novembre 2008

Consommer pour produire ou épargner pour investir ?

Dans la pensée économique, s’opposent deux grands courants d’analyse proposant des visions du chômage et de la croissance radicalement différentes. En effet, le courant néoclassique qui raisonne en termes d’équilibre a érigé l’égalité entre investissement et épargne comme un principe économique. Si Keynes reconnaît l’égalité comptable de l’investissement et de l’épargne, il ne partage pas le point de vue suivant lequel l’épargne détermine l’investissement. Selon John Maynard Keynes, l’investissement est fonction des anticipations des entreprises d’où le rôle essentiel qu’il leur attribue dans son analyse. Or les anticipations dépendent de la conjoncture, c’est-à-dire de la consommation que les entreprises espèrent. De ce fait, il faut selon Keynes stimuler la consommation pour que les entreprises investissent. Si la production est le gage de l’emploi et de la croissance, alors il est de la plus haute importance de les stimuler. Les deux analyses apportant des réponses différentes ouvrent ainsi le débat. Faut-il solliciter la consommation ou l’épargne ? Qu’y a-t-il de plus avantageux pour la santé de l’économie ? Nous tenterons de comprendre en quoi l’épargne peut contribuer à un investissement élevé puis nous montrerons que la production dépend davantage de la consommation et enfin nous dégagerons l’importance de la consommation et de la production en faveur de l’emploi et de l’investissement.
Effectivement du point de vue comptable, l’égalité entre épargne et investissement se vérifie. Il semble donc qu’un niveau d’épargne élevé irait dans le sens d’un investissement élevé. C’est pourquoi on constate que les néoclassiques insistent sur cette variable économique. On verra donc comment l’épargne peut être stimulée puis nous expliciterons les difficultés que pose une telle analyse en période de crise.


En premier lieu, les néoclassiques sont hostiles à l’intervention de l’Etat dans l’économie. Plus précisément cette intervention suppose des impôts et taxes et donc un prélèvement sur le revenu disponible. La consommation étant rigide à la baisse, les taxes se traduisent par une baisse de l’épargne. Ainsi réduire les taxes permet d’augmenter l’épargne dans l’analyse néoclassique.
En second lieu, la théorie microéconomique du consommateur suppose que celui-ci arbitre entre la consommation immédiate et l’épargne, c’est-à-dire consommer dans le futur. Le taux d’intérêt correspond au prix du renoncement à la consommation immédiate. C’est pourquoi, une faible inflation et des taux d’intérêt élevés s’avèrent favorables à l’épargne. Le consommateur peut ainsi prévoir des consommations futures ; la faible inflation facilite ses calculs d’actualisation. De surcroît les taux d’intérêt élevés lui permettent de maximiser son utilité sous contrainte. Le taux d’intérêt permet donc de stimuler l’épargne car il suppose une augmentation du pouvoir d’achat. Nous allons à présent préciser la position néoclassique, c’est-à-dire tenter de comprendre pourquoi ils accordent tant de valeur à l’épargne en vue de l’investissement.
Le raisonnement néoclassique est mené en termes d’équilibre. Il y a donc un équilibre sur le marché des biens et des services et sur celui de la monnaie. La demande globale de biens et services doit correspondre à l’offre globale de biens et services, autrement dit à la production d’ensemble. Or, la production totale se répartit en production de biens de consommation et en production de biens d’investissement. Pour que l’équilibre soit réalisé, il faut donc que les biens de consommation produits soient absorbés par les dépenses des ménages. Les revenus des ménages se répartissent en consommation et en épargne, il s’en suit que l’épargne va permettre de financer sous réserve de faible thésaurisation. D’une certaine façon les dépenses en biens de consommation permettent de financer la production de biens de consommation et d’autre part l’épargne permet le financement de l’investissement. C’est pourquoi d’après les néoclassiques l’épargne doit être suffisante. C’est grâce à l’intermédiation bancaire que les apporteurs de capitaux (épargnants) et emprunteurs (investisseurs) ne se rencontrent pas. C’est là le rôle des banques qui ne doivent pas abuser de la création monétaire sinon il y a dégradation du commerce extérieur. Telle est donc la logique de l’argumentation néoclassique.
Pourtant, un tel attachement à l’épargne se heurte à des problèmes en période de crise. Le développement du chômage nourri par la crise, engendre une baisse de la consommation. En 1993, la chute du taux de croissance se traduit par une baisse de la consommation des biens durables de 6,7% et des loisirs (document 12b) de 0,4% (document 12a). Ainsi les licenciements qui accompagnent la crise accentuent encore la baisse de la consommation. Si on maintient un niveau d’épargne élevé, la consommation se retrouverait d’autant plus réduite. De surcroît les débouchés se restreignant, la production ne pourrait s’écouler. L’épargne est véritablement une fuite dans un tel contexte. S’il y a trop d’épargne, qui va consommer les produits ? L’analyse néoclassique se trouve ainsi face à une impasse car l’investissement ne se perpétue pas sans espoir d’écouler la production. C’est pourquoi nous allons axer l’analyse sur la consommation comme vecteur de l’investissement.

Il s’agit maintenant de montrer que l’investissement dépend davantage de la consommation. Pour ce faire, nous allons mettre en évidence l’importance de la consommation dans les anticipations des entreprises puis nous réintégrerons l’Etat dans l’analyse en qualité de stimulant, enfin on montrera la possibilité de financer l’investissement par le crédit si l’épargne n’est pas assez élevée.
Keynes montre que la décision de la production et donc du niveau d’emploi sont pris en fonction de la consommation courante. Les entreprises prennent en compte le rapport de force qu’elles ont avec les syndicats salariés. C’est de ce rapport de force que s’établissent les salaires nominaux. Surtout les entreprises anticipent de ce qu’elles prévoient d’écouler. Si elles sont pessimistes, elles vont prévoir une faible communication et donc produire moins et donc fixer un faible niveau d’emploi à cause de faibles investissements. C’est ce qu’on appelle les prophéties auto-réalisatrices. Keynes critique ainsi l’égalité néoclassique de l’épargne et de l’investissement. En effet ce qui épargnent ne sont pas les mêmes que ceux qui investissent. Ce n’est pas en fonction de l’épargne que le niveau de production se fixe. Par ailleurs favoriser l’épargne à tout prix c'est-à-dire en élevant les taux d’intérêt peut avoir l’effet inverse de ce qu’on escompte. Les entreprises peuvent alors préférer à leur tour le placement plutôt que l’investissement. En plus le remboursement des emprunts serait coûteux. Une telle analyse met donc la consommation au centre car c’est elle qui influence l’optimisme ou le pessimisme des entreprises. Il nous faut donc nous demander comment on peut le stimuler ce qui nous amène à réintégrer l’Etat dans l’analyse.
D’après la loi psychologique fondamentale de Keynes, la consommation augmente quand le revenu augmente mais moins vite que lui. Stimuler la consommation revient donc à augmenter les revenus. Les ménages ayant les revenus plus élevés épargnent davantage. L’Etat peut donc imposer les revenus les plus élevés pour relancer la consommation des bas salaires, car la propension moyenne à consommer est plus élevée chez les ménages aux moindres revenus. Accroître ainsi la consommation globale permet de rassurer les entreprises, qui vont investir et donc assurer un niveau d’emploi élevé. Par conséquent, la consommation reste soutenue et est donc favorable à de nouveaux investissements. Nous sommes dans le cercle vertueux du multiplicateur keynésien. C’est pourquoi en 1993, nous observons une augmentation des prestations sociales de 6,3% alors qu’elles n’augmentent que de 2,9% l’année suivante (document 11). Nous avons montré l’importance de la consommation pour accroître la production mais il nous faut aborder la question de son financement effectif si l’épargne ne suffit pas.
Nous avons déjà vu que les taux d’intérêt élevés peuvent stimuler l’épargne mais décourager l’investissement. Knut Wicksell montre que si le taux d’intérêt du marché est plus bas que le taux d’intérêt naturel, alors les entreprises sont plus enclines à investir car cela ne leur revient pas cher. En plus, il y a l’effet levier, elles réduisent l’autofinancement. Ainsi pour les ménages également, les taux d’intérêt plus faibles que l’inflation les incitent à recourir au crédit car ils n’ont pas beaucoup à rembourser en valeur réelle. C’était le cas durant les « Trente glorieuses » et en plus la consommation était soutenue par l’Etat-providence. La possibilité du crédit permet donc le financement effectif de l’investissement.
Nous avons donc axé l’analyse sur la consommation en montrant qu’elle était déterminante dans les anticipations des entreprises. Comme la problématique de l’investissement correspond aux problèmes fondamentaux de la croissance et de l’emploi, nous allons insister sur les interactions qu’il y a entre emploi, production et consommation en élargissant notre analyse.

Soutenir la consommation et donc la production peut-il conduire forcément au plein emploi en vue d’une pleine consommation ? Voyons tout d’abord l’optique néoclassique.
La rigidité des salaires à la baisse est une entrave à l’équilibre de plein emploi du marché du travail. En fixant un salaire minimum, les syndicats alourdissent les coûts des entreprises qui restreignent alors l’emploi. Il y a d’après les néoclassiques, chômage volontaire car si les chômeurs acceptaient un moindre salaire, ils auraient tous du travail. Or une baisse des salaires implique une compression de la consommation et d’ailleurs également de l’épargne. Dans le cas où il y a chômage volontaire selon les néoclassiques les forces productives sont sous-utilisées et en plus on s’expose au fait de ne pouvoir écouler toute la production. Emploi, consommation, investissement et production doivent être stimulées dans le même sens. Pourtant avec la loi des rendements décroissants et de la productivité marginale décroissante, l’analyse néoclassique avance l’idée que le dernier travailleur qui peut être pris, est celui dont la productivité marginale est nulle. Peut-on remédier à un tel problème qui remettrait en cause le plein emploi et donc la consommation ? En fait, une telle question permet de rappeler le rôle de l’investissement et d’intégrer une nouvelle donnée : le progrès technique. Celui-ci permet de perpétuer la productivité de telle sorte que « les ressources humaines » puissent être employées. Les entreprises produisent donc davantage, l’emploi prospère et les ménages consomment. Mais est-ce à dire que l’épargne est occultée.
Dans une telle perspective l’enrichissement est global. Or d’après la loi psychologique fondamentale, les dépenses de consommation augmenteront moins vite que le revenu. Il est donc aisé de comprendre qu’il y aura de plus en plus d’épargne. Nous avons donc préconisé plus haut l’utilisation du crédit qui aurait au préalable soutenu investissement et consommation. Par conséquent, l’épargne qui s’en suit peut être interprétée comme le remboursement des dettes contractées.

Notre analyse aboutit donc au fait que la stimulation de la consommation permet l’optimisme des entreprises qui engagent ainsi des investissements et assument l’emploi. L’utilisation du crédit revient à reporter l’épargne à la période de prospérité. C’est pourquoi on considère ici que la consommation est prioritaire et qu’elle ne signifie pas qu’il n’y aurait pas d’épargne et encore moins qu’il n’y aura pas d’investissement. En revanche, privilégier excessivement l’épargne peut s’avérer dangereux en réduisant les débouchés de la production.

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